Le Portrait du mois : David BERNARD - Joandel Service – Adhérent SPENRA

Le Portrait du mois : David BERNARD - Joandel Service – Adhérent SPENRA

David BERNARD est Directeur Général de la société Joandel Service depuis 2014. Cette société de 45 ETP établie à Villeurbanne a été créée en 1976 et intervient principalement dans la métropole Lyonnaise. L’une des particularités de l’entreprise est d’employer ses salariés en CDI, temps plein uniquement les matins.  Recruté par Guy JOANDEL au poste d’inspecteur en 2001 à l’issue du THN2 au CFA INHNI de Vénissieux, David BERNARD a gravi les échelons.. 

Conseiller prud’homal à la section commerce depuis 2008, et suppléant du président de section depuis 2018 David BERNARD a été élu à la présidence du collège employeur et à la vice-présidence du Conseil de Prud’hommes de Lyon en début d’année 2020.

​​​​​​Comment avez-vous appréhendé la période de confinement due à la Crise sanitaire du COVID 19 dans votre entreprise ?

Stressante à l’annonce du confinement le 16 mars, l’inquiétude pour pérenniser l’entreprise a rapidement laissé la place à une grande énergie pour adapter nos services aux protocoles sanitaires. Nous avons réorganisé le fonctionnement de l’entreprise en 24h00. Ecouter, expliquer, rassurer nos collaborateurs sur la continuité de nos prestations a pris plus de 30 jours…….

Tout le monde n’a pas vécu le même confinement, pour ma part je me suis senti « LIBRE » puisque je me suis rendu, physiquement, tous les jours dans mon entreprise. En contrepartie, la totalité de mon temps de travail s’est réduit à la gestion de cette crise.

Quelles sont les premières actions que vous avez mis en place pour assurer la sécurité de vos employés et la pérennité de votre entreprise ?

L’organisation habituelle se résume à un agent par voiture sur une tournée d’immeubles. Ainsi, ma principale préoccupation était de réorganiser les déplacements et transmissions au sein même de l’agence. Début mars, nous avions mis en place un produit désinfectant pour nettoyer et décontaminer les points de contact dans les parties communes des immeubles. Chaque agent recevait une boite de gants jetables tous les 10 jours. Nous avons mis en place une file d’attente avec matérialisation au sol pour que les agents prennent un par un leur planning. Un chef d’équipe surveillait le respect des gestes barrières en début et fin de poste. Les affiches sur les gestes barrières et autres préventions liées au COVID rappelaient les consignes remises à nos intervenants. L’accueil et la cuisine ont été interdits. Le nettoyage de l’agence est quotidien et géré par un seul agent, spécialement formé. 

Grâce au président du SPENRA, Vincent FISCHER, nous avons participé à une commande groupée de masques en tissu destinés à un ensemble d’adhérents. Ces masques étaient livrés par planche de 100, qu’il a fallu, le soir même, avec mon épouse et mes 2 enfants, découper, passer à la vapeur et laver pour une distribution le lendemain matin à 5h30. Une fois masquées, nos équipes se sont senties rassurées, alors que les médias étaient atrocement anxiogènes. L’entraide entre entreprise de propreté a également permis de nous procurer du gel hydroalcoolique. Mi-avril, une majorité de salariés nous a remercié d’avoir continué l’activité alors que leurs familles vivaient difficilement le confinement à domicile.

Comment s’est passé le déconfinement et la reprise des relations contractuelles post confinement ?

Nous n'avons rien changé à l’organisation, mais nous avons eu le plaisir de revoir 5 collaborateurs qui étaient confinés soit par vulnérabilité, soit pour la garde de leurs enfants, soit parce qu’ils étaient expatriés sans possibilité de retour.

Quels enseignements gardez-vous de cette période et de la réorganisation forcée des équipes ?

Notre équipe d’encadrants : 1 inspecteur, 3 chefs d’équipes et 2 assistantes, ont démontré une combattivité au-delà de mes espérances. Cela n’a pas été facile tous les jours, comme beaucoup de confrères nous avons subi l’absentéisme et les doutes. A terme, nous conserverons certains points de la nouvelle organisation qui apporte davantage de fluidité.

Sur le plan financier, nous n’avons pas eu recours à l’activité partielle, toutes nos prestations ont été honorées mais les dépenses liées à cette crise ont coûté un mois de marge.

Avez-vous mis en place des actions spécifiques pour valoriser vos employés durant cette période ?

Le 20 mars nous avons pris conscience que nos collaborateurs prenaient sur eux, malgré leurs peurs. J’ai vu chaque salarié et leur ai promis une prime de 300,00 euros Brut à tout agent qui viendrait travailler jusqu’au 30 avril sans absence. L’effet a été radical, en plus des masques, gels et gants.

Comment se sont organisés les Conseils des Prud’hommes de Lyon durant cette période ?

Le lundi 16 mars je devais siéger, mais la direction du greffe du CPH a eu ordre de faire rentrer chaque greffier à domicile. Ainsi, nous n’avons même pas pu envisager un service minimum. Les greffiers n’ont pas pu télétravailler, alors que des armoires remplies de dossiers avec des projets de jugement auraient pu être mis en forme.

Mi-avril les chefs de cours ont réactivé les juridictions, mais il fallait mettre en place des Plans de Continuité de l’Activité avec le respect des consignes sanitaires….seuls 20 masques et 5L de gel Hydroalcoolique étaient mis à disposition pour un conseil de prud’hommes de plus de 300 personnes… Un ensemble de réunions a permis une reprise du service de greffe lors du déconfinement au 11 mai puis des audiences de référés. Jusqu’au 31 juillet le Prud’homme fonctionnera au ralenti, faute de greffier ou de salle (puisque la décontamination entre 2 audiences n’a pas été possible). Nous  espérons reprendre à 100% à la rentrée.

Cette crise sanitaire a succédé à la grève des avocats depuis début janvier 2020. A ce jour, 1255 dossiers sont en attente d’une convocation pour une séance de conciliation et 1427 dossiers pour une audience de jugement. Les délais de renvoi en bureau de jugement s’allongent jusqu’à février 2022 en fonction des sections.

En tant que président du collège employeur et vice-président du Conseil de Prud’hommes de Lyon, voyez-vous déjà les effets de la crise économique qui s’annonce ? Y a-t-il déjà des contentieux liés à la crise sanitaire ?

Pour l’instant il n’y a pas d’envolée de saisines, seules quelques demandes en audience de référé sur des rappels de salaire dans le milieu de la restauration ont été portées à ma connaissance. Mais, ne nous leurrons pas, des plans importants de licenciements sont en cours et les litiges liés au confinement devraient apparaitre à la rentrée.